Oh ma mie, souviens toi


Souviens toi de nos pas, de nos milliers de pas

Qui allaient n'importe où, dans nos jardins secrets

Qui allaient nulle part, tout au long des allées

Souviens toi de nos pas, pesants de gravité.

Et puis ces nouveaux pas, allégés, qui allaient

Au devant de la joie, fringants, illimités

Souviens toi de nos pas, ô ma mie, souviens toi de nos pas !

 

Souviens toi de nos mots, de tous nos demi-mots

Qui donnaient la parole à nos coeurs échancrés,

Qui imposaient silence au silence indiscret,

Souviens toi de nos mots quand tous ils se taisaient.

Et puis ces mots nouveaux qui nous faisaient chanter,

Douloureux d'être doux, pétris de vérité,

Souviens toi de nos mots, ô ma mie, souviens toi de nos mots !

 

Souviens toi de nos yeux, ces regards merveilleux,

Qui toujours s'évitaient et pourtant se cherchaient,

Qui tremblaient en flambant, sauvages, effarouchés,

Souviens toi de nos yeux aux paupières baissées.

Et puis ces yeux nouveaux à nos yeux attachés,

Emouvants d'être purs, regardant sans tricher,

Souviens toi de nos yeux, ô ma mie, souviens toi de nos yeux !

 

Souviens toi de nos mains, qui furent sans chemin,

Inutiles, glacées, à nos poches accrochées,

Et qui ont repoussé la joie de se toucher,

Souviens toi de nos mains quand elles se cachaient.

Et puis ces mains nouvelles, vives, élancées,

Qui se posaient légères sans arrière pensée,

Souviens toi de nos mains, ô ma mie, souviens toi de nos mains !

 

Souviens toi de nos coeurs éperdus de bonheur,

Qui n'osaient pas y croire et y croyaient pourtant,

Qui saignaient d'une flèche tirée à bout portant,

Souviens toi de nos coeurs, amoureux débutants.

Et puis ces nouveaux coeurs, encore frissonnants,

Qui entraient dans la danse, ouverts et bouillonnants,

Souviens toi de nos coeurs, ô ma mie, souviens toi de nos coeurs !


C . T