Me croiras tu ?


Si je te dis ces mots qu'on ne peux pas crier

qui tremblent d'être dits, qui voudraient tant chanter,

Si je te dis ces mots qui me font bégayer,

qui s'adressent tout droit à ta féminité,

Si je te dis ces mots impossibles à plagier

Dis, me croiras tu, si je prétends t'aimer ?


Si je te dis ces mots pour toi seule inventés,

Qui s'étranglent, en passant, dans mon pauvre gosier

Si je te dis ces mots, si durs à enfanter,

ces mots incandescents, qui sortent du brasier,

Si je te dis ces mots qui voudraient se planter

Dis, me croiras tu, s'ils parlent de t'aimer ?


Si je te dis ces mots, si longtemps refoulés,

Que j'ai perdus cent fois, et cent fois retrouvés,

Si je te dis ces mots, avant de m'écrouler,

ces mots inachevés, les seuls que j'ai trouvés,

Si je te dis ces mots, qui refusent de couler,

Dis moi, me croiras tu, s'ils craignent de t'aimer ?


Et si je tais ces mots, sur mes lèvres fermées,

Qu'un silence glacé, vienne les remplacer,

Si je tais ces vrais mots, qui avaient tant germés,

Pour des mots plus légers, qui me font grimacer,

Si je tais tous ces mots, dans mon coeur refermé,

Dis moi, me croiras tu, si c'est encore t'aimer ?


Mais si les mots d'amour, ainsi faits prisonniers,

refusent de mourir, s'échappent révoltés,

Si ces mots évadés, imprègnent le papier,

Peux tu me reprocher aussi de les récolter ?

Si ces mots, par mes yeux, t'entrouvrent mon grenier,

Dis moi, le croiras tu, c'est ma façon d'aimer .


C . T