Au fil des pas

 

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Etape 8

 

 

27 Juillet 1974 - Huitième étape: Col de La Pierre St Martin - Plateau de l'Hers

Aujourd'hui, dans la nuit, je suis seul à me préparer pour cette longue étape devant se terminer par un bivouac en montagne. Jacques et Solange m'apporteront un supplément de nourriture pour l'étape suivante qui devrait débuter aux alentours du col de Pau. Une demi heure me suffit pour m'équiper et avaler un petit déjeuner alors que le jour n'est pas encore là.

Un au revoir silencieux aux amis plus ou moins endormis et c'est le départ. L'itinéraire complexe m'est largement inconnu. Je marche très vite vers les points de repère, saluant au passage la belle journée qui s'annonce. J'enchaîne sans répit les tronçons du parcours. A cette allure dans ces pierres, je me brise les pieds. Par instants, j'admire le fantastique travail des jambes et des chevilles dans ce terrain raboteux.

Un balisage énergique m'emmène au col des Anies, d'où je plonge trop directement vers le pla d'Azun. Quelques difficultés pour retrouver le sentier, qui bientôt disparaît. J'atteins enfin une cabane avec berger qui m'indique comment rejoindre le pla d'Anaye dont j'ai, une fois encore, perdu le sentier. Rude descente, qui se prolonge vers le pla de Sanchèze.

J'atterris sur ce plateau, orné d'une cascade, avec près de deux heures d'avance. L'estomac profite de mon contentement pour réclamer son dû. Certes, cette marche très rapide ne m'a pas empéché de goûter quelques belles vues, mais c'est surtout une sorte d'euphorie physique, de griserie de progression qui m'habite en ce moment.

Nouveau départ vers le plateau Lamary. Le bon chemin est difficile à trouver parmi ces croisées et ces lacets cachés dans la fougère. Une paysanne m'assure que je vais bien où je veux aller et je l'embrasserai presque pour la remercier. Je continue. La montée vers la "mare" d'Ansabère est raide sous un soleil insistant. J'atteins la crête en nage et plonge aussitôt vers l'eau du lac de Lachérito pour me rafraichir.

Petite halte casse croute au bord de ce paisible lac bleu, puis contournement dans la pierraille d'un éperon rocheux. Les pieds souffrent, protestent, mais je suis trop préoccupé par l'itinéraire pour leur accorder attention. Je dois me servir de mes mains pour échapper au mauvais pas dans lequel je me suis fourvoyé. Quelle manie de tenir trop haut ! J'atteins enfin la prairie qui part à l'assaut du col de Pau.

Sentant que les difficultés sont derrière moi, je ralentis un peu l'allure. C'est alors que le ciel m'avertit de la formation d'un orage. Quelques grondements lointains viennent épaissir mes craintes. Mes jambes refusent d'accélérer comme je le voudrais. Alors, je décroche mon piolet et, à tour de rôle, un bras vient à la rescousse pour monter à perdre haleine vers ce col de Pau où m'attend un confortable sentier du Parc National des Pyrénées. Je crains qu'à tout instant le brouillard vienne escamoter ce col et m'enfermer en Espagne.

Un quart d'heure d'efforts éperdus m'ont hissé au col, où deux marcheurs discutent tranquillement. Je laisse ces deux inconscients à leur contemplation pour me hisser sur le pic de Burcq, d'où le sentier file vers le refuge d'Arlet, encore loin. J'avance très vite sur ce terrain facile, mais mes jambes et mes pieds gardent le souvenir des heures précédentes.

Voici Solange et Jacques qui, malgré la menace de l'orage, viennent à ma rencontre. Il faut le faire ! L'amitié est plus forte que la peur. Le projet de bivouac s'envole et nous nous replions dans le cirque de l'Hers. La menace de l'orage cesse d'être terrifiante dès que l'on quitte les crêtes et c'est presque tranquillement que nous descendons nous abriter. Quel courage quand on n'est plus seul !

Nous avons le temps d'installer confortablement le campement dans un morceau choisi de nature avant que pluie et tonnerre fondent sur nous.

Catherine arrive, fatiguée, avec la seconde voiture récupérée en Ariège, et tous ensemble nous nous mettons à festoyer. Jacques et Solange nous quittent demain matin, mais la tristesse n'est pas de rigueur devant un tel repas, enchanté par une fin de soirée lumineuse, promesse de beau temps.

Commentaires 2008

Toujours cette fuite en avant, qui n'est pas un modèle d'équilibre physique ni mental. La peur panique de l'orage, même si elle ajoute au dynamisme de la marche, n'est pas vraiment adaptative, car, en l'absence d'abri proche, les cumulo-nimbus gagnent de vitesse le plus rapide des marcheurs. Je m'interdisais de courir, certes, mais aussi de quitter l'itinéraire ce qui, en cas de parcours de crête, aurait été la seule mesure de protection vraiment adaptée. Résister à ses craintes est une chose, évaluer correctement les risques et prendre des décisions sages appropriées à la situation en est une autre, bien plus difficile.

 

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