Au fil des pas

 

MenuAccueil

 

Etape 2

 

21 Juillet 1974 - Deuxième étape: Sommet de La Rhune - Col d'Esquissaroy

Debout ! Le réveil a sonné le verdict. Il fait encore nuit. Jacques, Solange, Catherine prétendent qu'il pleut, alors que ce n'est que le brouillard qui se laisse tomber. Après avoir avalé un peu de nourriture, nous partons dans la purée et l'herbe mouillée. Dans cette obscurité cotonneuse, ça ne tarde pas: on se perd ! Impossible de trouver le passage qui permet de quitter ce sommet. Délaissant la boussole pour nous fier à nos inspirations, chacun se retrouve bientôt isolé et perdu dans cet océan de brume. Cris, signaux lumineux, agitation, énervement, l'équipe se reconstitue mais toujours pas l'ombre du passage.

Nous patrouillons ensemble, à portée de voix et, finalement, Solange déniche la voie tant désirée. Le jour se lève, mais on ne voit guère plus loin que le bout de nos pieds. Il ne nous reste qu'à descendre en confiant notre sort à la boussole. Nous rencontrons des fantômes d'arbres et de rochers, puis, enfin, un sentier horizontal bien marqué. Petite reconnaissance à droite avec Jacques et nous découvrons la vieille bergerie flanquée d'un petit fronton, solide point de repère par beau temps. Une bouffée de joie chasse l'inquiétude qui nous rongeait. Nous continuons de descendre et brusquement, tandis que la grisaille se déchire sous nos pieds, éclate le sourire verdoyant des collines basques. Quel soulagement d'échapper à cette prison de brume ! La joie flambe dans nos veines et nous allume l'appétit.

Nous voici au pied de La Rhune, trempés comme des soupes, mais heureux. Nous casssons la croûte au même endroit que les deux années précédentes, à proximité d'une venta isolée, dominée d'une splendide forêt de charmes. Ce repas est devenu un rite que, malheureusement pour nous, les taons observent aussi.

Nous repartons, l'estomac bien calé, vers les fougères de l'Ibantelli, qui finissent de nous tremper de la tête aux pieds. Nous passsons sans encombre au col de Lizarietta, où la frontière espagnole paraît verrouillée pour tous les véhicules, et bientôt nous entrons dans la venta des palombières d'Etchalar. Nous nous offrons un peu de bon temps à peu de frais, en se restaurant au sec. Le moral est bon, les grosses difficultés nous semblant derrière nous.

Nouveau départ sur un joli sentier de crête. Il y a un peu moins d'eau dans nos souliers et nous connaissons l'itinéraire.. Nous traversons quelques courtes averses en dédaignant de mettre les imperméables. De toutes façons, nous ne risquons pas de nous mouiller davantage. Nous avançons régulièrement vers notre rendez-vous au col d'Esqissaroy. Les jambes commencent à se faire sentir un peu, mais le spectacle d'un rassemblement de vautours fauves autour de deux vaches mortes efface notre fatigue. Nous assistons à plusieurs décollages laborieux des charognards et, quelques instants plus tard, à leur vol majestueux dans le ciel gris.

Abandonnant ce spectacle, nous repartons vers l'arbre en forme de T, qui annonce à quelques minutes le col où nos ravitailleurs doivent se trouver. Après la traversée rapide d'une très belle hêtraie, nous arrivons au terme de notre étape. Pas de voiture, ni de Tizous ! Nous scrutons la route dans les deux sens, tendant l'oreille à chaque bruit de moteur. Celà ne nous coupe pas l'appétit pour autant et nous cassons la croûte, un peu inquiets, en nous reposant des émotions de la matinée.

La voiture ravitailleuse finit par arriver et ce sont les retrouvailles joyeuses entre les deux équipes. Après nous avoir brièvement complimentés, notre chien Vix se dégourdit les pattes. Les Tizous, accompagnés de notre bouvier des Flandres, partent filmer les vautours que nous avions repérés. Pendant ce temps, nous montons les tentes qu'ils nous ont apportées. Retour des Tizous contents, échange de souvenirs vivants.

Encadré de pierres, le feu de bois allumé par Tizou a fière allure. Nos vêtements et nos chaussures trempés sèchent rapidement. Le repas est copieux, à la mesure de nos appétits. Hélas, très vite, nous devons nous contenter de chaleur humaine, car les pierres se mettent à éclater, nous tenant à distance du feu, de ce très beau feu ! Puis la nuit nous pousse dans nos tentes où Morphée nous accueille en souriant.

Commentaires 2008

Cheminer hors sentier en montagne, par temps de brouillard, surtout quand le relief est peu marqué et l'itinéraire peu connu, constitue une épreuve de navigation très difficile nécessitant des tâtonnements hasardeux. Que de stress inutile à ne pas accepter ces pertes de temps quasiment impossibles à éviter ! Se couper l'appétit à cause de l'itinéraire n'est pas le meilleur moyen de gérer ses efforts.

 

 

MenuAccueil