Au fil des pas

 

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Etape 10

 

29 Juillet 1974 - Dixième étape: Peyranère - Socques

Catherine, bien reposée, m'accompagne aujourd'hui jusqu'au refuge du Larry. Nous marchons bon train sur un joli sentier en balcon, tournant le dos à la vallée d'Aspe. Il fait frais et nous sommes seuls à goûter le mystère de ce coin de montagne. L'aurore est splendide ! Bientôt nous rejoignons la cabane du Larry, où chahute une bande d'adolescents.

Nous nous écartons un peu pour avaler quelques victuailles, mais les cris d'excitation des jeunes me gâchent l'ambiance de la montagne. Je suis content de reprendre ma marche et de grimper vers le col d'Ayous, laissant Catherine finir son repas avant de retourner sur ses pas pour récupérer la voiture.

Je me sens bien, à l'écart du monde, en prise avec le bruit discret de la montagne qui résonne en moi. Du col d'Ayous, je plonge sur les lacs du même nom, que contemple le beau refuge du Parc National des Pyrénées. Un pêcheur matinal m'intercepte et me demande d'offrir ses victimes au gardien du refuge. J'accepte, en me demandant s'il ne s'agit pas d'un canular car la pêche est peut-être interdite dans ce secteur. C'était bien un cadeau, que le gardien apprécie.

Quelques marcheurs, chargés comme des mules, ne répondent pas à mon salut fraternel. Puis, alors que je casse la croute à l'écart, un marcheur hollandais me demande de lui garder son sac afin d'aller récupérer ce qu'il a oublié au refuge. J'ai beau l'avertir que je ne reste là qu'un instant, il s'éloigne confiant, abandonnant son sac au bord du chemin. A moi d'intercepter le voleur éventuel !

Plus loin, je rencontre un groupe de promeneurs qui se croient au col des Moines, terme de leur ballade. Ils ont sorti de quoi fêter l'évènement, mais la carte n'arrive pas à se plier à leur optimisme. Dans le doute, ils me consultent et, sans doute le regrettent-ils encore, je leur indique le col qui se trouve à plus d'une heure de marche. Ils replient courageusement le casse-croute pendant que je m'achemine vers la rude montée du col de Peyreget.

La chaleur est éprouvante et l'air me manque avant le lac Peyreget. L'Ossau m'écrase de toute sa masse tandis que je travaille dur pour atteindre le col. Enfin, un sentier me prend en charge jusqu'au refuge de Pombie, dont les abords sont semés de corps qui bronzent. On se croirait dans une station balnéaire dominée par un gros rocher. Je contourne par la droite et plonge vers Socques où Catherine doit me rejoindre.

Le soleil me cuit la peau, aussi j'accélère pour entrer au plus vite dans la forêt. La descente fait mal aux pieds et aux jambes et ça dure !

Me voici à Socques, étouffant, suant, brûlant. Pas de Catherine à l'horizon ! Je m'installe sous un arbre et bois gourde après gourde, en surveillant la route.

J'ai beau faire des gestes amples, Catherine passe sans me voir, et, quelques instants plus tard, je dois pousser des cris et sortir le sifflet de détresse pour lui éviter de monter à Pombie.

Nous allons installer la tente dans une prairie traversée d'un ruisseau, recherchant l'ombre. A l'abri de ce soleil impitoyable, déguster un jus de fruit est un délice, qui justifie tant d'efforts.

Des nuages inquiétants bouchent l'horizon, mais la nuit endort tout, même mes craintes.

 

Commentaires 2008

Le plaisir de dépenser ses forces, de franchir de grandes distances, de marcher sans retour, l'esprit serein, de savourer les beautés changeantes de la montagne est d'autant plus vif après les épreuves précédentes. Un perpétuel beau temps serait vite une calammité !