Rouler sur le dos

 

Avantages - Expérimentation - Avenir

 

Avantages à foison

Par rapport à la position classique, la position du cycliste "couché" est nettement plus ergonomique. Ceci offre de considérables avantages en matière de santé, de sécurité, de confort et de performances.

Avantages pour la santé: Fonctionnement cardio-vasculaire facilté, notamment le retour sanguin veineux - Respiration plus aisée, entraînant une meilleure oxygénation musculaire- Absence de traumatisme des membres, du périné, du rachis, du thorax.

Avantages pour le confort: La qualité du siège soutenant le corps semi-allongé, la présence de suspensions, sur certains modèles, gommant les aspérités de la route, le champ de vision panoramique procurent un confort sans égal.

Avantages pour la sécurité: La position basse du centre de gravité de l'ensemble cycliste-machine, une géométrie particulièrement adaptée, un dégagement des pédales exceptionnel participent à la stabilité du vélo couché, permettant des virages à haute vitesse et d'énergiques freinages sans risque.

Avantages pour les performances: L'aérodynamisme résultant de la position "couchée" réduit beaucoup la trainée, c'est à dire la résistance de l'air à l'avancement. D'où des performances ahurissantes presque incroyables pour les non initiés. Ainsi, le cycliste canadien Sam Whittingham , avec un vélo couché caréné, détient le record du monde de vitesse avec 130,36 km/h sur 200m lancé et celui de l'heure avec 84,215 km. Son dernier record, en attente d'homologation, date du 18 Septembre 2008, et atteint 132,5 km/h sur 200m lancé. Le seul bémol concerne les performances moindres en côte, en raison de l'impossibilité de monter "en danseuse".

Quelques liens, parmi beaucoup d'autres, permettront d'approfondir le sujet

Site amateur vélo couché

Propulsion humaine

Association cyclistes couchés

Cycle Zen

... et j'apprends que le bolide canadien vient d'établir un nouveau record de l'heure à plus de 90 km !

Expérimentation

Pédaler en position dorsale semi couchée a fait ses preuves sur les routes du monde entier, que ce soit en vélo ou en tricycle semi horizontal. Quelques clics de navigation sur le web permettent de voir à quel point s'est répandue cette pratique.

Hollandais, Allemands, Français, Canadiens, Américains, Australiens... ont parcouru des milliers de kilomètres dans cette position confortable, aérodynamique, ergonomique. Oui, on peut aller vite, loin, monter des côtes, transporter des bagages, pédaler à l'abri des intempéries (Vélomobile), se faire assister pour le pédalage, pratiquer avec un handicap... !

Quand les déplacements non polluants auront gagné du terrain, gageons que ces engins performants vont largement se développer, à condition que les prix de vente les rendent accessibles aux revenus modestes.

Personnellement, depuis mon premier contact avec le vélo couché, que des satisfactions!

Avenir

La question de la place des modes de déplacements non polluants n'est pas nouvelle, bien que relativement récente, mais reste assez peu mobilisatrice de l'opinion publique malgré la montée des problèmes urbains de circulation, de santé, d'environnement.

Sur-utilisation de la voiture, sous-utilisation de la propulsion humaine

Mode de déplacement urbain dominant, en France comme dans la plupart des pays industrialisés, la voiture étend son emprise plus encore sur les petites agglomérations et les banlieues.

Les services rendus par la voiture sonr considérables: Elle permet d'abord de se rendre à son travail, sinon d'exercer sa profession, de revenir chez soi, de faire des courses, d'accompagner les enfants à leurs activités, d'entretenir des liens sociaux, d'atteindre des lieux épars de formation, de soins, de loisirs, de culture, de sport... Sa disponibilité, son confort, sa rapidité, sa puissance ont permis à beaucoup d'utilisateurs de se jouer des distances, des dénivelés, du temps, des éléments climatiques, sans compter les multiples gratifications narcissiques et sociales que la publicité sait si bien faire miroiter.

Face à cette concurrente, les autres modes de déplacements ne pèsent pas lourd, que ce soient les transports en commun, hormis le cas particulier du transport scolaire, la marche à pieds, le vélo, le patinage. Pourtant de nombreux ménages, résidant en ville, ne disposent pas de voiture individuelle.

Le succès écrasant de la voiture individuelle sur tous les autres modes de déplacement serait devenu irréversible, définitif, sans appel: Mieux vaudrait s'employer à le parfaire que perdre son temps, son énergie, sa crédibilité à vouloir contrecarrer cette progression. Place à la voiture !

En effet, la voiture exige beaucoup de place, toujours plus d'emplacements pour stationner, toujours plus d'aménagements pour circuler. Or, l'espace disponible n'est pas extensible à souhait, même en rognant la part nécessaire aux autres usagers.

Quotidiennement, les embouteillages aux heures de pointe, les difficultés pour garer son véhicule amenuisent ou même, sur les courts trajets, réduisent à néant les avantages de l'automobile en matière de mobilité.

Ces inconvénients, bien que mal supportés par de nombreux automobilistes, pourraient être jugés bénins s'ils ne représentaient pas un gaspillage très coûteux d'une énergie rare non renouvenable et s'ils ne s'accompagnaient pas d'une aggravation des nuisances sonores et de pollutions diverses si souvent problématiques.

Si l'on considère sérieusement l'impact négatif de l'automobile sur l'environnement urbain, sur la santé individuelle des citadins et sur la santé publique, la formule "Que le meilleur gagne !" ne peut pas légitimement s'appliquer aux actuels véhicules à moteur thermique.

En 2003, l'institut de veille sanitaire annonçait environ 5000 morts en France, dues à la pollution atmosphérique, résultant principalement des rejets des véhicules à moteur thermique.

Patience ! nous crient les partisans de la voiture, l'automobile silencieuse, propre ou presque, est pour demain: électrique, à hydrogène, à air comprimé, aux biocarburants... Les progrès technologiques vont tout résoudre. Inutile donc de bouleverser notre mode de vie basé sur l'hyper mobilité, la vitesse, la gloutonnerie énergétique. En attendant, marcher un peu plus, patiner sur les trottoirs, faire du vélo ne peut pas faire de mal... et puis celà calmera les écologistes !

Nous pourrions objecter, à ces optimistes résolus, que les accidents de voiture, pollution ou pas, après avoir fait dans le monde 400.000 morts et 12 millions de blessés en 1999, ont amélioré leur score en 2003 avec, selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 1.200.000 morts et 50 millions de blessés, mais ce serait déplacer le débat.

Les assis motorisés, corps assistés, sont légions et beaucoup marchent à contre coeur. Il s'ensuit souvent un manque d'activité physique préjudiciable à la santé des personnes concernées.

Mais la dépendance vis à vis de la voiture ne peut pas s'expliquer simplement par le manque d'accoutumance à l'effort physique. D'autres facteurs psychologiques et sociaux limitent le recours à la propulsion humaine et font préférer l'automobile.

La voiture est souvent vécue comme une bulle, un espace privé où l'on évite le contact avec les autres non choisis, où l'on protège so apparence des regards extérieurs. Inversement, elle peut être aussi une parure, un moyen d'affirmer sa réussite, un instrument de parade. Sans oublier le sentiment de puissance, maintes fois souligné par les analystes, avec ses dimentions compensatrices pour la personnalité des conducteurs.

Les modes de déplacements non polluants mobilisent le corps et l'imaginaire autrement, ils impliquent donc une évolution culturelle différente à l'échelle individuelle et au niveau collectif.

Tentatives de promotion des déplacements non polluants

Encourager, en ville, la pratique de la marche à pieds, du patinage, du vélo, quelque soient les motivations, permet de limiter les nuisances sonores et les pollutions de l'air, d'alléger la dépendance vis à vis de l'automobile, d'entrevoir ce que pourrait devenir une ville moins soumise à l'emprise de la voiture.

De nombreuses initiatives, plus ou moins abouties, visant à promouvoir les modes de déplacements alternatifs, ont vu le jour au cours des vingt cinq dernières années dans plusieurs villes françaises et étrangères. Il serait dommage de négliger ces expérimentations, malgré les différences considérables de situations et de moyens.

Attention portée aux plus faibles des citadins circulant: Les piétons. Création d'espaces piétonniers judicieusement positionnés; Aménagements de cheminements piétonniers commodes, confortables, agréables, avec possibilités de pauses assises, incluant des parcours adaptés pour les personnes à mobilité réduite; Sécurisation des zones piétonnières et des cheminements piétonniers et extension des zones de circulation à vitesse limitée à 30km/h.

Attention portée aux utilisateurs de modes émergents de déplacement : Les patineurs

Dans plusieurs villes, les rollers en ligne et dans une moindre mesure les patinettes, assimilés un temps à des véhicules à roue sans moteur par le législateur, aujourd'hui considérés comme équipements de piétons, permettent aux pratiquants confirmés de se déplacer en utilisant les trottoirs.

Hors l'utilisation acrobatique de la voirie et du mobilier urbain, la circulation de ces usagers correspond le plus souvent à un loisir, mais peut parfois servir à atteindre un équipement sportif, un établissement de formation...

Attention portée aux cyclistes

Selon l'Institut Français de l'Environnement, le vélo urbain est davantage plébiscité qu'utilisé puisqu'il représente généralement moins de 5% des déplacements en ville alors qu'il recueille une large majorité d'opinions favorables.

De nombreuses villes, regroupées ou non dans l'association des villes cyclables, ont entrepris de promouvoir l'usage de la bicyclette sous l'impulsion d'associations d'usagers dynamiques. L'éventail des réalisations va de la création de quelques centaines de mètres de bandes cyclables à l'aménagement de véritables réseaux sécurisés.

Citons la création ou l'aménagement de pistes et bandes cyclables, d'itinéraires conseillés, de passages protégés mixtes piétons cyclistes, de sas de feux facilitant le tourne à gauche, de feux spécifiques à certains carrefours, ou de passages en deux temps, de voies mixtes piétons vélos ou bus vélos, de contre-allées le long des grands axes de circulation, de couloirs vélos, de contre-sens cyclables, de passages pour les cyclistes dans les voies sans issue, de voies vertes ou récréatives (non accessibles aux véhicules motorisés).

Sans oublier le développement de l'offre de stationnement vélo qui joue un rôle important dans la promotion des déplacements cyclistes: Parkings couverts, abris vélos, garages à vélos, notamment à proximité des arrêts de transport public. Certains de ces équipements sont dotés d'antivols performants. Emplacements réservés aux vélos, équipés de râteliers, de potelets, d'arceaux... Autorisation de stationnement sur certains trottoirs.

Tous ces aménagements et mesures sont souvent complétés par l'instauration de services de location de vélos, de mise à disposition gratuite de vélos, de consignes parfois gardées, d'entretien de vélos.

Plus rarement, on peut citer encore des remonte-pentes pour vélos, des pompes publiques pou vélos, des services de "tatouage" pour vélos.

Avenir incertain des modes doux de déplacement

Rompre le cercle vicieux de l'emprise automobile sur la ville n'aboutit pas obligatoirement à l'engagement dans une spirale vertueuse débouchant sur une priorité donnée aux modes de déplacements non polluants.

La dépendance à la voiture est-elle entamée ?

Malgré l'annonce de parts modales en progression, les déplacements à pieds ou à vélo restent encore généralement faibles par rapport à ceux effectués en voiture. Force est de constater que la dépendance vis à vis de l'automobile reste très lourde.

Changement d'équilibre ou amorce d'un changement structurel

Paradoxalement, une promotion très limitée des modes doux de déplacement peut aboutir à renforcer l'emprise de l'automobile sur la cité en pérennisant son utilisation même sur de courts trajets.

Les déplacements à pieds, en patinettes ou rollers, à vélo, sont alors cantonnés dans un rôle d'appoint pour la circulation automobile et, sous le terme d'intermodalité et l'apparence d'un souci des différences, de l'environnement, de la santé, permettent de faire l'économie de changements plus profonds et plus difficiles à faire admettre.

Compte tenu des multiples dimensions de la situation et de l'importance des enjeux, de l'emprise profonde de la voiture sur la vie individuelle et sur la vie collective de la plupart d'entre nous, de la fragilité des décideurs face à l'opinion publique, des énormes pressions du lobby de l'automobile, l'étude critique de la mobilité et des modes de déplacements urbains paraît condamnée d'avance à la superficialité, au masquage des conflits d'intérêts, à ne déboucher que sur des aménagements techniques à courte portée, des pseudo-solutions, des fuites en avant.

Pour échapper à ces pièges destructeurs d'avenir, seule une approche pluridisciplinaire, impliquant tous les partenaires concernés, intégrant les points de vue contradictoires, peut éclairer les citoyens sur la valeur des choix de leurs élus.

La mobilité n'étant pas le seul enjeu de la question, les décideurs sont fondés d'agir sans attendre en raison de la nécessité de protéger la santé publique, de développer l'utilisation des énergies renouvelables, d'augmenter la sécurité des déplacements, de mieux utiliser l'espace public, de favoriser l'urbanité des comportements.

Mais les bonnes intentions, purement déclaratives, des citoyens d'utiliser un mode doux de déplacement n'empêcheront pas les élus de douter de leur solidité, tant ils connaissent la versatilité de l'opinion, ni de craindre d'être sanctionnés pour le moindre désagrément lié au changement.

Une pédagogie inventive doublée d'une communication de qualité ont permis ailleurs d'ouvrir la voie au rééquilibrage des modes de déplacement dans la ville.

L'humanité progresse par ses marges

L'humanité n'est pas condamnée au pire, mais ce ne sont pas les majorités qui éclaireront le chemin à suivre pour couper aux périls grandissants.

La mobilité en ville n'est évidemment pas une fin en soi, ni même la santé. La ville peut être aménagée pour devenir un irremplaçable creuset de sociabilité et de culture, un ferment de civilisation durable. Encore faut-il que les compétences et les bonnes volontés apprennent à mieux coopérer.

La rue doit cesser d'être un champ clos où s'affrontent les intérêts catégoriels, les égoïsmes particuliers, pour devenir un cadre vivant, vecteur d'échanges variés et de rencontres véritables.

Bâtir ensemble un projet d'avenir exige de cesser de camper sur des avantages sectoriels. Partager la rue, c'est plus que supporter les autres usagers, ce doit être mieux comprendre et accepter leur présence.

Il serait cependant irréaliste d'appeler au changement de mentalité, au progrès de sociabilité en pensant faire l'économie de transformations parfois conflictuelles du cadre de vie.

Conclusion

En conclusion, l'air étant incontestablement un bien commun de l'humanité, se déplacer sans polluer ou en polluant le moins possible est un acte de citoyenneté du monde.

Quantitativement minoritaires, qualitativement avantageux, potentiellement libérateurs, les modes de déplacements non polluants sont une bonne occasion en habits de travail.

Claude TEYSSEDRE - Juin 2004

 

 

 

 
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